Connue pour son adage « œil pour œil, dent pour dent », « la loi du Talion » est une règle ancestrale qui s’applique encore de certaines manières aujourd’hui.
Loi du Talion : définition
Définition
La Loi du Talion s’entend comme la permission de répondre trait pour trait à l’offense faite. « Œil pour œil, dent pour dent » est l’expression qui matérialise la loi du Talion.En clair, il s’agit de se faire justice soi-même. On parle alors de justice privée.
Sources
Le mot « Talion » est issu du latin « talis », c’est-à-dire « tel… que ». Il sous-entend donc une conséquence traitée similairement à la cause initiale et donc en matière de vengeance, l’adage « œil pour œil, dent pour dent ».
Plusieurs sources sont attribuées à la loi du Talion, telle que le Code de Hammurabi au 18e siècle avant notre ère. Sa mise en œuvre n’est plus d’actualité, dans la mesure où il vise à venger à la hauteur de l’infamie.
Il admet donc la peine de mort, peine incompatible notamment avec l’article 2 de la Convention de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales relatif au droit essentiel à la vie pour tout être humain.
Cet article prévoit cependant une limite qui n’est pas sans rappeler la loi du Talion, à savoir le droit à une légitime défense, c’est-à-dire qu’elle résulterait d’un recours à la force rendu absolument nécessaire :
- pour assurer la défense de toute personne contre la violence illégale ;
- pour effectuer une arrestation régulière ou pour empêcher l’évasion d’une personne régulièrement détenue ;
- pour réprimer, conformément à la loi, une émeute ou une insurrection.
La loi du Talion dans l’histoire de la religion juive, chrétienne et musulmane
La loi du Talion apparaît dans le Pentateuque qui correspond, dans la religion chrétienne, aux cinq premiers livres de la Bible. Dans la religion juive, ces cinq livres constituent la Torah.
Dans la Genèse, il est écrit « si quelqu’un verse le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé ». Autre phrase tirée de l’Exode 21:23-25 : « mais si malheur arrive, tu paieras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure. »
Il est ainsi question ici d’une justice spécifique visant à se venger à hauteur du préjudice subi. L’auteur de ce préjudice doit donc subir le même sort que la victime.
Jésus, quant à lui, souhaitait dépasser la loi du Talion. Face à la violence, il voulait un débordement d’amour, et non de haine et de vengeance.
Dans le Coran, texte religieux musulman cette fois, il est écrit : « Ô les croyants ! On vous a prescrit le talion au sujet des tués : homme libre pour homme libre, esclave pour esclave, femme pour femme. Mais celui à qui son frère aura pardonné en quelque façon doit faire face à une requête convenable et doit payer des dommages de bonne grâce. »
La loi du Talion et la guerre
L’histoire démontre que l’application de la loi du Talion n’a jamais vraiment cessé. « Œil pour œil, dent pour dent », résume bel et bien ce qui se déroule dans le cadre d’un conflit.
Lorsqu’un pays ou peuple est attaqué, il répond souvent de la même manière. Le problème de l’application de la loi du Talion en période de guerre réside dans le fait qu’il n’y a pas de fin, c’est pourquoi cette loi est si décriée et fait l’objet d’un débat perpétuel.
La loi du Talion dans la société contemporaine
Aujourd’hui, les lois interdisent d’appliquer cette règle. Le droit pénal interdit de se faire justice soi-même. La justice doit être rendue par les autorités compétentes, et non par les victimes ou les proches des victimes.
Pourtant, il suffit de lire les articles de journaux ou de regarder les infos à la télévision pour découvrir que de nombreuses personnes, déçues par la justice en France ou dans le monde, décident de se venger, au risque d’être mises en examen et condamnées à une peine importante.
Exemples d’application de la loi du Talion
Exemples d’application en droit européen
La loi du Talion a cependant été une inspiration pour le droit civil européen.
L’article 80 de la Convention de Vienne du 11 avril 1980 prévoit que : « Une partie ne peut pas se prévaloir d’une inexécution par l’autre partie dans la mesure où cette inexécution est due à un acte ou à une omission de sa part. » (ou Convention des Nations Unies sur les contrats de vente internationale de marchandises entrée en vigueur le 1er janvier 1988).
Exemples d’application en droit français
L’idée générale de la loi du Talion se retrouve également en droit civil français.
L’exception d’inexécution est le droit de chaque partie à un contrat synallagmatique de refuser d’exécuter son obligation tant qu’elle n’a pas reçu la prestation qui lui est due. Elle applique négativement la loi du Talion.
En cas de vente
En cas de vente, le vendeur n’est pas tenu de délivrer la chose si l’acheteur n’en paie pas le prix, et si le vendeur ne lui a pas accordé un délai pour le paiement (article 1612 du Code civil).
En cas d’échange
En cas d’échange, « si l’un des co-permutants a déjà reçu la chose à lui donner en échange, et qu’il prouve ensuite que l’autre contractant n’est pas propriétaire de cette chose, il ne peut pas être forcé à livrer celle qu’il a promise en contre-échange, mais seulement à rendre celle qu’il a reçue » (article 1704 du Code civil).
Recel successoral d’héritier
Est par ailleurs inspirée de la loi du Talion la notion légale de recel successoral d’héritier, c’est-à-dire l’héritier qui tente de subtiliser tout ou partie de l’héritage.
Outre la privation pour le receleur du ou des biens recelés, ce dernier doit restituer tous les fruits et revenus produits par les biens recelés dont il a eu la jouissance depuis l’ouverture de la succession.
Il est donc à la fois démuni des biens qu’il a tenté de voler et privé de sa réserve héréditaire, c’est-à-dire de la part de patrimoine qui devait lui revenir (Cass. 1re civ., 28 janv. 2009, n° 07-19.573).
Exemples d’application en politique
La politique est elle aussi régie par la loi du Talion, même si ce principe est réprimé par certaines grandes instances. Par exemple, à la suite des attentats du 11 septembre 2001, Georges W. Bush a choisi de venger son pays. Oussama Ben Laden ayant revendiqué ces attentats, les forces spéciales l’ont assassiné en 2011. En clair, la loi du Talion reste un principe appliqué encore aujourd’hui.